Contexte général : pourquoi la 13e directive ?

L’Union européenne a mis en place plusieurs directives relatives à la TVA, chacune ayant une portée et un champ d’action bien précis. Alors que la 8e directive s’adresse aux entreprises établies dans l’Union européenne souhaitant obtenir un remboursement de TVA dans un autre État membre, la 13e directive vise les entités non établies dans l’UE. L’objectif est d’assurer un traitement équitable et d’éviter qu’un acteur extérieur ne soit indûment pénalisé lorsqu’il exerce une activité ponctuelle dans un pays de l’Union.

L’enjeu principal consiste à éviter que la TVA payée localement (par exemple sur des factures d’hébergement ou de location d’équipements) ne devienne une charge définitive pour l’entreprise non établie. Les modalités de remboursement sont cependant plus complexes que celles de la 8e directive, notamment parce qu’il y a souvent des exigences documentaires supplémentaires et une certaine opacité dans les délais de traitement. Les administrations fiscales nationales sont très vigilantes quant à la validité et à l’authenticité des demandes. Cela peut générer des retards voire des rejets, d’où l’importance de bien préparer son dossier.


Qui est concerné par ce remboursement ?

Le cadre de la 13e directive vise spécifiquement des entreprises extérieures à l’UE : les sociétés suisses, britanniques (depuis le Brexit), américaines, canadiennes, asiatiques, etc. À partir du moment où vous n’êtes pas établi dans l’UE mais que vous engagez des dépenses soumises à la TVA dans un pays membre, vous pouvez potentiellement prétendre à un remboursement. Toutefois, chaque pays applique ses propres conditions quant à l’admissibilité des dépenses. Par ailleurs, pour être considéré comme réellement « non établi », il faut démontrer que vous n’avez ni siège, ni succursale, ni établissement stable dans le pays où la TVA a été facturée.

Cette distinction revêt une importance capitale : si le service des impôts soupçonne la présence d’un établissement stable, la demande de remboursement pourrait être rejetée ou redirigée. Dans tous les cas, la pièce maîtresse sera un certificat fiscal émis par votre pays de résidence, prouvant que vous y êtes enregistré aux fins de la TVA ou équivalent. Ce document devra être fourni, souvent en version originale, à l’appui de votre demande.


Dépenses éligibles : trouver le bon équilibre

De nombreux entrepreneurs croient à tort qu’ils pourront demander le remboursement de la totalité de la TVA payée à l’étranger. Or, chaque pays membre de l’UE a sa propre liste de dépenses jugées éligibles ou non. Par exemple, en France, la TVA sur les frais de restauration a tendance à être partiellement récupérable, tandis que celle sur les frais de logement peut être soumise à des conditions plus restrictives. De même, en Allemagne, le remboursement sur certains frais de transport ou de location de véhicules peut être refusé s’ils sont considérés comme relevant de l’usage privé.

Il est donc indispensable de se renseigner au préalable sur les dépenses autorisées dans le pays où vous avez payé la taxe. Dans mon expérience, l’un des meilleurs moyens d’éviter les mauvaises surprises est de prendre contact avec un représentant local ou un expert pour vérifier la liste des dépenses potentiellement remboursables. Certaines administrations publient des brochures officielles récapitulant ces informations, même si celles-ci ne couvrent pas toujours tous les cas particuliers dans le détail.

En outre, il est bon de savoir que certains pays, comme l’Italie ou l’Espagne, exigent un montant plancher pour pouvoir entamer la procédure de remboursement. Ainsi, s’il vous faut réclamer un montant très faible, vous risquez d’être confronté à des seuils minimums et à des délais administratifs trop importants pour que l’opération soit rentable. Dans ces cas, il peut être plus judicieux d’examiner si une option alternative (comme une autoliquidation) existe, même si ce n’est généralement pas envisageable pour les acteurs non établis dans l’UE.


Les étapes clés de la procédure

La procédure de remboursement selon la 13e directive comporte plusieurs phases, chacune pouvant inclure des subtilités qui varient d’un pays à l’autre. Mon expérience sur le terrain m’a permis de relever des étapes universelles que vous retrouverez dans la plupart des scénarios :

  1. Rassembler les factures et justificatifs originaux : les copies ou factures numérisées ne sont généralement pas acceptées. Les autorités fiscales exigent souvent les originaux ou au moins des copies conformes certifiées. Vérifiez également que vos factures comportent tous les éléments exigés par la législation locale.
  2. Obtenir un certificat d’assujettissement à la TVA : ce document, délivré par l’administration fiscale de votre pays, atteste que vous êtes bien un redevable de la TVA (ou taxe équivalente) en dehors de l’UE. Ce certificat doit être récent et souvent fourni en exemplaire original.
  3. Remplir le formulaire officiel : chaque pays a son propre modèle de formulaire ou de portail en ligne. Certaines administrations exigent la soumission papier, selon les dispositions en vigueur. Assurez-vous de le renseigner avec précision, en listant correctement toutes les factures.
  4. Respecter les délais de dépôt : la plupart des États imposent des délais stricts pour déposer votre dossier de remboursement. Par exemple, il est fréquent que la demande doive être déposée avant le 30 juin de l’année suivante. Passé ce délai, la TVA ne pourra plus être réclamée.
  5. Suivi et échanges avec l’administration : une fois votre dossier déposé, préparez-vous à répondre à des demandes d’information complémentaires. C’est souvent dans cette étape que peuvent se cacher de longs délais de traitement et de multiples allers-retours.

À chaque étape, une rigueur extrême est indispensable. En cas d’erreur ou de document manquant, vous risquez de multiplier les échanges et de rallonger le temps de traitement. Dans certains cas, l’administration fiscale pourra exiger la traduction certifiée de vos documents, ce qui représente un coût supplémentaire et peut retarder le calendrier de quelques semaines supplémentaires.


Délais cachés et prolongations fréquentes

Le traitement de la demande de remboursement est pleinement entre les mains de l’administration fiscale du pays où la TVA a été payée. Contrairement à la 8e directive, il n’existe pas de calendrier paneuropéen standard imposé de manière uniforme. Ainsi, alors que certains pays s’efforcent de donner une réponse sous quatre à six mois, d’autres peuvent prendre jusqu’à un an, voire plus. Plusieurs éléments peuvent expliquer ces variations de délai :

  • La charge de travail des services fiscaux : le nombre de dossiers à traiter simultanément influe directement sur la rapidité de traitement.
  • Le degré de suspicion : si votre dossier soulève des questions (ex : montants élevés, nature inhabituelle des dépenses), l’administration sera plus attentive et mènera souvent des contrôles approfondis.
  • Les périodes de congés ou de fin d’exercice : en pratique, les délais peuvent s’allonger pendant les périodes estivales ou de clôture budgétaire.
  • Les retours entre administrations : dans certains cas, l’administration fiscale étrangère souhaite vérifier votre situation auprès de votre pays de résidence, prolongeant la procédure.

En nivelant les retours d’expérience, il n’est pas rare de constater un délai de traitement effectif oscillant entre six mois et un an, avec parfois des pics allant jusqu’à deux ans pour les dossiers très complexes. Les entreprises qui ont besoin d’une trésorerie stable doivent donc anticiper ces incertitudes en planifiant leurs demandent suffisamment tôt. Par ailleurs, il est conseillé d’effectuer un suivi régulier auprès de l’administration concernée, quitte à relancer poliment afin d’éviter que le dossier ne soit mis en attente. Attention toutefois à rester diplomate : des relances trop fréquentes ou trop musclées risquent de ralentir davantage le processus.


Cas pratiques et anecdotes

Dans ma pratique, j’ai rencontré plusieurs entreprises étrangères venant de pays asiatiques qui n’envisageaient pas nécessairement de réclamer la TVA qu’elles payaient en Europe. Leurs dirigeants considéraient la procédure "trop complexe" et préféraient la considérer comme une charge définitive. Au fil des années, ces entrepreneurs ont découvert que le montant total de TVA payée pouvait atteindre plusieurs dizaines de milliers d’euros. Face à de tels chiffres, ils ont fini par se lancer dans la démarche.

Avec un accompagnement adéquat, ils ont pu constituer un dossier complet, incluant les factures originales, le certificat fiscal de leur pays, ainsi qu’un relevé précis de toutes les dépenses éligibles. Le délai de remboursement a dépassé huit mois pour l’entreprise en contact avec l’administration italienne, principalement en raison de questions portant sur la nature des dépenses de location d’équipements. Finalement, l’entreprise a obtenu gain de cause et récupéré un montant substantiel, ce qui a eu un impact positif sur leur trésorerie et leur confiance envers la réglementation fiscale européenne.

Dans un autre cas, une entreprise basée au Royaume-Uni a tenté la procédure après le Brexit. Les autorités fiscales allemandes ont exigé presque 12 mois de correspondances variées pour clarifier l’impact du Brexit sur la demande. Il a fallu justifier que l’entreprise n’avait pas d’établissement stable en Allemagne, et des traductions certifiées de plusieurs documents ont été exigées. Bien sûr, cela a allongé considérablement le délai, mais le remboursement a fini par arriver. J’insiste toujours sur l’importance d’une bonne communication avec les autorités et d’une préparation méticuleuse du dossier.


Conseils pour optimiser vos chances de remboursement

Pour mettre toutes les chances de votre côté et réduire les délais autant que possible, voici quelques recommandations pratiques que j’ai mises au point au fil de mes interventions :

  1. Classer et trier les factures : regroupez vos justificatifs selon la nature des dépenses (hébergement, restauration, transport, etc.). Les administrations apprécient les demandes structurées, ce qui facilite leur propre travail de vérification.
  2. Respecter scrupuleusement les formats requis : vérifiez que chaque facture comporte les mentions légales requises. Assurez-vous également qu’elle est lisible, sans ratures ni annotations incompatibles.
  3. Anticiper le délai d’obtention du certificat fiscal : dans certains pays, l’administration peut mettre plusieurs semaines à établir ce document. Lancez la demande en amont pour ne pas dépasser la date limite de dépôt.
  4. Utiliser un intermédiaire compétent : si vous n’avez pas l’habitude de traiter avec l’administration fiscale étrangère, un intermédiaire local ou un conseil spécialisé peut vous faire gagner du temps et vous éclairer sur les spécificités locales.
  5. Suivre et relancer avec mesure : mettez en place un calendrier de suivi et n’hésitez pas à relancer les services fiscaux à intervalles raisonnables. Un simple email ou un appel peut débloquer la situation si votre dossier est en attente.

En appliquant ces conseils, de nombreux entrepreneurs réussissent à limiter les allers-retours administratifs et à gagner en efficacité. La clé réside dans la préparation, la transparence et le respect des règles spécifiques édictées par chaque État membre. Si vous êtes bien organisé, vous éviterez la plupart des « faux départs » ou des demandes incomplètes qui risquent de générer un surcroît de délais. Cependant, il est également important de rappeler qu’aucun acteur ne peut garantir un traitement rapide à 100 %, car la décision reste toujours à l’appréciation de l’administration fiscale concernée.


Zoom sur les obligations documentaires

Bien qu’elles varient d’un pays à l’autre, les obligations documentaires générales pour le remboursement de la TVA étrangère sous la 13e directive incluent :

• Les originaux des factures, regroupés généralement par période ou par nature de dépenses. Certaines administrations acceptent désormais des factures électroniques sous certaines conditions, mais la plupart insistent encore majoritairement sur les versions papier.

• Les preuves de règlement effectif de ces factures (ex. relevés bancaires si nécessaire), afin de prouver que vous avez réellement supporté le coût de la TVA.

• Un certificat d’assujettissement à la TVA de votre pays de résidence, établi généralement dans les six à douze mois précédant le dépôt de la demande. Les administrations peuvent refuser un certificat trop ancien.

• Le formulaire officiel du pays concerné, dûment complété. Cela peut être un formulaire papier ou un téléservice, selon l’État membre.

• D’éventuelles traductions certifiées pour les justificatifs non rédigés dans une langue reconnue par l’administration. Par exemple, si vous déposez un dossier en France avec des factures rédigées en russe, attendez-vous à devoir fournir une traduction assermentée.

Pour consolider votre dossier, je recommande de préparer une liste récapitulative décrivant chaque facture (date, fournisseur, base imposable, taux, montant de la TVA, objet de la dépense). Cette liste facilite grandement le travail des fonctionnaires chargés du contrôle. Même si elle n’est pas explicitement exigée, elle fait souvent partie des meilleures pratiques à adopter pour éviter les questions répétitives.


Les pièges et les erreurs courantes

Au fil des ans, j’ai identifié plusieurs écueils qui reviennent fréquemment et qui peuvent conduire à un rejet partiel ou complet de votre demande :

Pièces incomplètes ou incohérentes : si la facture ne mentionne pas clairement le numéro de TVA du fournisseur ou si des corrections manuscrites rendent l’information illisible, l’administration peut la disqualifier. Veillez donc à ce que tout soit conforme.

Mélange entre dépenses professionnelles et privées : certaines dépenses peuvent être considérées comme hors champ professionnel si la nature de l’opération n’est pas prouvée. Par exemple, des factures d’hébergement de type « vacances » risquent d’être rejetées si l’objet exact du déplacement n’est pas précisé.

Non-respect du délai de dépôt : un jour de retard sur la date limite suffit pour vous faire perdre tout droit au remboursement pour la période concernée. Cette règle est particulièrement stricte dans certains pays, comme l’Autriche ou la Finlande.

Absence de numéro EORI (ou équivalent) : dans le cas d’achats liés à des opérations d’import-export, l’administration voudra parfois vérifier que vous disposez d’un numéro d’identification pour les échanges de marchandises en douane.

Manque de précisions sur l’activité : parfois, les autorités veulent s’assurer que les dépenses sont liées à une activité soumise à la TVA dans votre pays de résidence. Si vos statuts d’entreprise sont peu clairs sur le type d’activité exercée, cela peut ralentir ou bloquer la procédure.

En maîtrisant ces aspects et en évitant ces erreurs, vous limiterez les risques de rejet et vous maximiserez vos chances de percevoir votre remboursement sans obstacles inutiles. Prenez le temps de relire votre dossier avant de l’envoyer, et n’hésitez pas à demander une vérification supplémentaire par un professionnel si vous avez un doute.


Perspectives et évolutions futures

L’évolution des directives TVA au sein de l’Union européenne est un sujet permanent, en particulier pour ce qui concerne l’harmonisation des procédures et la numérisation des formalités. On peut légitimement espérer que dans les années à venir, la procédure de remboursement s’unifie et se dématérialise de plus en plus. Plusieurs pays ont déjà entrepris de moderniser leurs portails en ligne et de permettre le dépôt électronique des factures. Cela pourrait, à terme, réduire significativement les délais de traitement et les coûts pour les entreprises qui sollicitent un remboursement.

Certaines discussions sont en cours pour savoir si un portail unique pourrait être implémenté, à l’image du portail VIES pour la vérification des numéros de TVA intracommunautaires. Une telle initiative faciliterait l’accès à l’information et rendrait la soumission des demandes plus fluide. Toutefois, les différences culturelles et administratives entre États membres restent un frein à une harmonisation totale à court terme.

Il convient également de souligner que la 13e directive peut régulièrement faire l’objet d’ajustements ou de clarifications via des arrêts de la Cour de justice de l’Union européenne. En pratique, cela se traduit parfois par des modifications ponctuelles des exigences de chaque pays, qui influent sur la manière de constituer le dossier ou de prouver la réalité des opérations professionnelles. Les entreprises qui souhaitent déposer une demande de remboursement doivent donc rester en veille et se tenir informées des évolutions réglementaires.


Dernier regard sur les bénéfices possibles

Le remboursement de la TVA étrangère dans le cadre de la 13e directive peut représenter une opportunité financière non négligeable pour les entreprises non établies dans l’UE. Dans certains secteurs, notamment les services logistiques, la construction, le consulting ou l’événementiel, les dépenses soumises à la TVA étrangère peuvent rapidement grimper. Les récupérer peut libérer une part considérable de trésorerie à réinvestir dans votre activité ou dans le développement de nouveaux marchés en Europe.

En revanche, il faut être conscient que la procédure demande une attention particulière, du temps et parfois le recours à des professionnels (comptables, fiscalistes, traducteurs assermentés). Le bénéfice net dépend alors du montant que vous êtes en droit de réclamer et de l’ampleur des frais administratifs. Quand bien même ces formalités peuvent sembler lourdes, il ne faut pas oublier que la TVA est, par définition, une taxe neutre pour les entreprises. Si vous êtes réellement dans une situation où la TVA ne doit pas constituer un surcoût, le jeu en vaut la chandelle.


Conclusion pratique pour les entreprises étrangères hors UE

Pour les entreprises qui découvrent cette démarche pour la première fois, le remboursement de la TVA selon la 13e directive peut être déstabilisant, entre formalités strictes, délais incertains et différences de législation. Toutefois, les exemples concrets démontrent qu’il est tout à fait possible de réussir cette requête : il suffit de s’armer de patience, de bien comprendre les spécificités locales et de respecter à la lettre les exigences documentaires.

Grâce à une préparation minutieuse, vous pourrez récupérer des sommes parfois importantes, tout en vous conformant à la réglementation. Le plus grand secret pour naviguer sereinement dans ce processus est de procéder avec méthode, en ayant toujours à l’esprit l’importance de fournir des justificatifs clairs, officiels et incontestables.

En tant que consultante spécialisée, j’ai pu observer les écueils récurrents que rencontrent les entreprises non européennes et les leviers qu’elles peuvent mobiliser pour obtenir satisfaction. J’espère que ces informations vous aideront à mieux comprendre les rouages de la 13e directive et à aborder la demande de remboursement de TVA étrangère avec plus de confiance. N’oubliez pas : en cas de difficulté, vous pouvez parfaitement faire appel à un service spécialisé ou à un intermédiaire local qui vous aidera à constituer votre dossier et à défendre vos intérêts auprès de l’administration fiscale concernée. Bonne chance dans vos démarches !

Pour plus d’informations ou pour une assistance personnalisée, n’hésitez pas à me contacter via mon espace de contact. Je serai ravie de vous accompagner et de partager mon expertise pour vous faire gagner du temps et protéger au mieux vos intérêts financiers.


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